Les influences cinéma derrière le style de Fujimoto

Les influences cinéma derrière le style de Fujimoto

Décryptage Chainsaw Man

Derrière les combats sanglants et l'humour absurde de Chainsaw Man se cache une cinéphilie assumée. Tatsuki Fujimoto n'a jamais caché son amour pour le cinéma occidental, et cette influence transparaît à chaque page, dans le découpage des scènes, les cadrages, et même certains dialogues qui semblent tout droit sortis d'un film. Voici comment le septième art a façonné l'un des mangas les plus marquants de la dernière décennie.

Un mangaka qui pense en plans de caméra

Ce qui frappe immédiatement chez Fujimoto, c'est sa manière de composer ses planches comme des séquences filmiques. Les changements de rythme, les zooms progressifs sur un visage avant une révélation choc, les silences prolongés sur plusieurs cases : tout cela relève d'un vocabulaire beaucoup plus proche du cinéma que de la bande dessinée traditionnelle japonaise.

Cette approche n'est pas un hasard. Fujimoto a lui-même évoqué, dans plusieurs interviews, sa consommation intensive de films durant ses études, allant du cinéma d'horreur américain aux productions d'auteur les plus exigeantes. Cette culture visuelle transparaît directement dans sa manière de raconter une histoire, presque plus proche du storyboard que du manga classique.

Ce parti pris se retrouve jusque dans le rythme de lecture qu'impose Fujimoto. Certaines planches fonctionnent presque comme des plans-séquences, où l'œil est guidé case après case selon une logique de mouvement de caméra plutôt que selon la grammaire habituelle du manga, où l'accent est souvent mis sur l'expressivité du trait plutôt que sur la composition spatiale. Cette rigueur presque cinéaste dans la mise en page est l'une des raisons pour lesquelles Chainsaw Man se distingue visuellement de la plupart de ses contemporains dans le Weekly Shōnen Jump.

Cette recherche esthétique trouve un écho direct dans notre dossier dédié pourquoi Fujimoto s'inspire autant du cinéma occidental, qui creuse encore davantage cette question des références filmiques, ainsi que dans notre analyse le langage des couleurs dans le design des personnages, où la photographie et l'éclairage cinématographique jouent un rôle tout aussi central.

Les références explicites aux films d'horreur et d'action

Certaines scènes de Chainsaw Man empruntent ouvertement à l'esthétique du cinéma d'horreur occidental, notamment dans la gestion du hors-champ et l'utilisation du gore comme outil narratif plutôt que comme simple spectacle. On retrouve également des échos à des films d'action des années 80 et 90 dans la manière dont Fujimoto filme littéralement ses combats, avec des ruptures de rythme et des plans larges qui rappellent davantage un long-métrage qu'une œuvre papier.

Cette hybridation entre les genres n'est pas propre à un seul type de scène. Notre analyse du symbolisme du sang dans Chainsaw Man montre d'ailleurs à quel point la mise en scène de la violence emprunte des codes visuels directement issus du cinéma de genre, plutôt que des conventions habituelles du shōnen.

On retrouve également, dans certaines séquences d'action, une gestion de l'espace et de la profondeur de champ qui rappelle directement des techniques de mise en scène cinématographique : personnages placés au premier plan pendant qu'un événement crucial se déroule en arrière-plan, cadrages qui isolent volontairement un détail pour créer une tension avant la révélation. Ce genre de procédé, courant au cinéma, reste beaucoup plus rare dans le manga grand public, ce qui renforce encore l'identité visuelle très particulière de Chainsaw Man.

Cette parenté avec le cinéma de genre n'est d'ailleurs pas isolée : notre article top 10 des combats les plus stylés de Chainsaw Man revient sur plusieurs séquences où cette mise en scène quasi cinématographique atteint son paroxysme, tandis que notre sélection les meilleurs mangas à lire si vous aimez Chainsaw Man permet de retrouver cette sensibilité visuelle chez d'autres auteurs.

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Le montage cut et la temporalité éclatée

Un autre emprunt évident au cinéma se trouve dans la gestion du temps narratif. Fujimoto n'hésite pas à briser la chronologie, à insérer des ellipses brutales ou des flashbacks non annoncés, un peu à la manière d'un montage cut cher à certains réalisateurs contemporains. Cette technique, plutôt rare dans le shōnen traditionnel où la linéarité domine généralement, participe à créer un sentiment de déstabilisation permanente chez le lecteur, en résonance directe avec le chaos que vivent les personnages.

Ce choix stylistique s'accompagne souvent d'un travail sonore suggéré uniquement par la mise en page : silence total sur une planche, puis explosion visuelle et sonore sur la suivante. Ce contraste, purement graphique dans un médium sans son, doit énormément à la grammaire du cinéma pour fonctionner aussi efficacement à l'écrit.

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Makima, une antagoniste pensée comme une héroïne de thriller psychologique

Le personnage de Makima illustre parfaitement cette porosité entre manga et cinéma. Sa construction doit beaucoup aux codes du thriller psychologique occidental : sourire permanent qui masque des intentions troubles, calme apparent qui contraste avec la violence de ses actes, révélations distillées avec un sens du timing très cinématographique. Elle évoque autant certaines figures du cinéma de manipulation que les antagonistes traditionnels du manga de combat.

Cette construction hybride participe à rendre Makima aussi mémorable. Elle ne fonctionne pas selon les codes habituels du grand méchant de shōnen, mais plutôt selon une logique de suspense et de retournement propre à un certain cinéma d'auteur, où la véritable nature d'un personnage se révèle progressivement, presque malgré le spectateur.

Cette approche demande une confiance particulière envers le lecteur, à qui l'on ne signale jamais explicitement que Makima est dangereuse avant que les indices ne s'accumulent d'eux-mêmes. C'est une technique de tension dramatique typiquement cinématographique, où l'inconfort naît moins de ce que l'on montre que de ce que l'on suggère, laissant le public assembler lui-même les pièces avant la confirmation finale.

Cette construction si particulière explique pourquoi Makima fascine autant la communauté des fans. Nos articles pourquoi Makima est l'un des meilleurs antagonistes du shōnen moderne et le Diable du Contrôle, pourquoi Makima fascine autant reviennent en détail sur les ressorts psychologiques de ce personnage pensé comme une véritable antagoniste de thriller.

Une influence assumée jusque dans l'adaptation animée

Cette sensibilité cinématographique a naturellement facilité le travail du studio MAPPA lors de l'adaptation en anime. Beaucoup de plans du manga semblaient déjà "pré-storyboardés" par Fujimoto lui-même, ce qui a permis à l'équipe d'animation de conserver une grande fidélité visuelle tout en amplifiant encore cette dimension cinématographique grâce au mouvement et au son.

Notre comparaison entre le manga et l'anime de Chainsaw Man revient d'ailleurs sur cette continuité visuelle assez rare, où l'œuvre originale semblait presque anticiper sa propre adaptation, tant son langage graphique empruntait déjà aux codes du septième art.

Cette influence cinématographique explique aussi pourquoi Chainsaw Man a su toucher un public bien au-delà des amateurs habituels de manga, séduisant des spectateurs venus du cinéma d'auteur ou du cinéma de genre, familiers avec ce type de grammaire visuelle mais peu habitués aux codes traditionnels du shōnen.

C'est sans doute ce croisement des publics qui explique en partie le succès international si rapide de la série. Chainsaw Man ne s'adresse pas uniquement aux amateurs de manga : son langage visuel, profondément marqué par une culture cinématographique globale, parle aussi à un public habitué aux séries et films occidentaux, créant un pont culturel assez rare dans l'industrie du divertissement japonais contemporain.

Le travail du studio MAPPA sur cette dimension cinématographique mérite d'ailleurs un article à part entière : notre dossier le studio MAPPA et son travail sur l'anime détaille comment l'équipe a su traduire à l'écran cette sensibilité, notamment grâce à la bande-son de l'anime, qui renforce encore cette dimension quasi cinématographique de l'œuvre.

Cette reconnaissance de la qualité audiovisuelle de l'adaptation s'est d'ailleurs traduite par de nombreuses récompenses, recensées dans notre article Chainsaw Man aux Anime Awards, tandis que le futur Chainsaw Man Movie : Reze Arc promet de pousser cette esthétique cinématographique encore plus loin sur grand écran.

Questions fréquentes

Fujimoto a-t-il cité des films précis comme inspirations ?

Dans plusieurs interviews, l'auteur a évoqué son amour pour le cinéma d'horreur et d'action occidental, sans toujours citer des titres précis, préférant parler d'une influence globale sur sa sensibilité visuelle.

Cette influence cinéma est-elle unique à Chainsaw Man ?

Fujimoto l'exprimait déjà dans ses œuvres précédentes, mais elle s'exprime avec une maturité et une ampleur particulières dans Chainsaw Man.

Le studio MAPPA a-t-il accentué cette dimension cinématographique ?

Oui, l'animation permet d'amplifier ces effets grâce au mouvement, au son et au montage, des outils que le manga ne peut que suggérer.

Cette approche est-elle courante chez les mangakas japonais ?

Elle reste relativement rare, la plupart des auteurs de shōnen privilégiant des codes graphiques plus classiques et moins directement empruntés au cinéma occidental.

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